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Le général Turreau PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Vendredi, 14 Novembre 2008 10:41

Louis-Marie Turreau de Carambouville est né le 4 juillet 1756 à Évreux. Son père, originaire de l'Yonne est venu s'installer en Normandie. Il est procureur fiscal des eaux et forêts du comté d'Evreux, avant de devenir le maire de la ville. Les Turreau jouissent de nombreux privilèges mais n'appartiennent pas officiellement à la noblesse. Dès le début de la révolution Turreau choisit son camp; malgré son origine assimilée noble il est un fervent révolutionnaire. Il est élu maire de la commune d'Aviron (à côté d'Evreux) et acquiert quelques biens du clergé et l'abbaye de Conches (près d'Evreux). Entré dans la garde nationale de Conches, il en prend la direction en juillet 1792. En septembre, il est capitaine d'une compagnie des volontaires de l'Eure et part combattre aux frontière du nord. En novembre, il intègre l'armée de Moselle où il devient colonel. En juin 1793, il est affecté à l'armée des Côtes de la Rochelle. Il y reste jusqu'au 8 octobre, date à laquelle il obtient le commandement de l'armée des Pyrénées orientales.
 
Le 27 novembre 1793, le Comité de salut public le nomme commandant en chef de l'armée de l'Ouest. Il arrive en Vendée un mois après sa nomination, le 23 décembre 1793, le jour où Kléber et Marceau écrasent les Vendéens à Savenay.
Jaloux des succès de Marceau qui avait commandé par intérim l'armée de l'Ouest, averti des mouvements de Charette qui avait fait des incursions dans la région de Cholet il donne aussitôt ses ordres : "Chaque chef de colonne à son instruction particulière; tous ont l'ordre d'incendier les villages, métairies, forêts, etc.…mesures que j'ai cru indispensables et que vous-mêmes représentants vous avez indiquées dans votre arrêté du mois d'août (vieux style)…Cette promenade militaire sera finie le 15 et le 16 pluviôse".( Réf: Guerre des vendéens et des chouans, Jean Julien Savary, Tome III).
Le 29 nivôse (18 janvier 1794), Turreau écrit de son quartier général de Doué aux citoyens administrateurs du district d'Angers : "Les brigands qui s'étaient répandus sur la rive droite de la Loire sont anéantis. Il ne nous reste plus qu'à purger le premier théâtre de leur fureur…J'ai donné les ordres nécessaires pour que la Vendée soit traversée par douze colonnes chargées de faire en tous lieux la fouille la plus scrupuleuse"

(Réf Pièces justificatives du discours prononcé à la société populaire d'Angers par Jean Antoine Vial. BIB 519-AD49).
Le 30 nivôse an 2 (19 janvier 1794),

Turreau transmet à ses troupes une instruction relative à l'exécution de ses ordres contre les brigands de la Vendée :" …tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées, mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l'ait préalablement ordonnée"…(Réf: Jean Julien Savary Tome III, P 56).

Le 3 ventôse an 2 (21 février 1794), Turreau réprimande les administrateurs du district de Challans :"Je suis instruit par le général Haxo, des obstacles que vous apportez aux mesures que j'ai prises pour la destruction des brigands et de leurs repaires. L'incendie général est ordonné ainsi que l'enlèvement de tous les objets de subsistances; chacun des généraux que j'ai l'honneur de commander a reçu de moi l'ordre positif d'exécuter ces mesures rigoureuses sans se permettre ni d'écouter aucunes réclamations mêmes celles des corps constitués; ils ont ordre non seulement d'agir militairement contre les administrés; mais même contre vous, si vous osez vous permettre désormais d'apporter la moindre entrave à l'exécution de mes ordres. Je vous invite à ne pas oublier que spécialement chargé par le Comité de Salut Public de finir la guerre de Vendée, ce n'est pas à vous que je dois compte des moyens que j'ai pris pour y parvenir"…(Réf Pièces justificatives d'un mémoire imprimé par les administrateurs du district de Challans, L 187-AD85.)
 

Pour le malheur des vendéens, ces rodomontades verbeuses furent exécutées sans état d'âme jusqu'aux plus bas échelons par les troupes de la république, qu'elles fussent de l'ancien régime ou volontaires nationaux. Le caporal Broussais, fourrier au premier bataillon des Côtes du Nord, écrit de Montaigu le 17 septembre 1793 : "Enfin nous ne rentrerons qu'après en avoir définitivement exterminé toute la race, brûlé et ravagé leurs repaires, la leçon sera bonne; je crois qu'ils s'en souviendront"…Réf correspondance de Broussais, futur empereur de la médecine, Echos du bocage vendéen, PC20/3-AD85.

Joliclerc, volontaire du 9ème bataillon du Jura, écrit à sa mère :" nous allons porter le fer et le flamme, d'une main le fusil et l'autre la torche. Il faut que tous périssent, excepté les petits enfants. Il faut que ces département servent d'exemple aux autres qui auraient envie de se révolter. Nous avons déjà brûlé sept lieues de pays. Il y a des soldats qui ont déjà fait fortune"…(Réf: Joliclerc, volontaire aux armées de la république. Ses lettres (1793-1796) Funck-Brentano).

 
Turreau est il responsable?

Les colonnes infernales ont semé l'horreur sur leur passage. Certains historiens chiffrent les morts à 200 000. La population insurgée a été décimée. Dans certains villages 20 à 40 % de la population a été exécutée.
Turreau n'est pas seul coupable. Il partage les responsabilités de ce populicide avec le comité de Salut Public et avec certains de ses généraux. Le comité a validé chacune de ses propositions tandis que certaines colonnes se délectaient de cette sale besogne et commettaient plus d'exactions que Turreau ne le préconisait.

Turreau a établit son plan en fonction de ses connaissances militaires, le calquant sur des méthodes utilisées par l'ancien régime pour mater les rébellions paysannes. Il n'attachait pas d'importance à l'espèce rebelle, et ne voyait vraisemblablement pas de problème éthique à massacrer toute une population, dès lors qu'il était couvert par le comité de salut public.

 

Turreau est coupable, il porte une responsabilité importante dans ce populicide. Il ne faudrait pas pour autant qu'il soit l'arbre qui cache la forêt. Le gouvernement parisien, et certains militaires républicains sont tout autant coupables que lui...

Le 17 mai 1794 , Turreau est suspendu. Le 29 septembre il est arrêté. Il est acquitté le 19 décembre 1795, faute de preuve. Il continue alors sa carrière militaire enchaînant les commandements et les distinctions.
Il meurt le 10 décembre 1816 dans sa retraite, à Conches.

 
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